Je suis protestant : Stéphane Lavignotte, pasteur et directeur de la Maison Verte

« Je n'ai pas grandi dans un milieu croyant. Mes parents n'étaient pas croyants, je ne suis pas allé au catéchisme, je n'avais pas mis les pieds dans un temple avant mes 28 ans ».

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Publié le 7 mai 2013

« Je n’ai pas grandi dans un milieu croyant. Mes parents n’étaient pas croyants, je ne suis pas allé au catéchisme, je n’avais pas mis les pieds dans un temps avant mes 28 ans. Et quand ma deuxième fille est née, j’ai commencé à me poser des questions : qu’est-ce que j’allais lui transmettre ? Dans quelle histoire j’allais l’inscrire ? Et en été 98, des sans-papiers, que j’accompagnais dans le cadre d’un collectif militant, ont eu la drôle d’idée d’occuper un temple protestant. Et là, ce que j’ai pu voir et entendre de la part des protestants qui étaient là, ce que j’ai pu entendre du pasteur dans les prédications du dimanche matin, cela m’a vraiment frappé. Alors j’ai commencé à rencontrer des protestants, à lire le nouveau testament, et je me suis dit : « Ah oui, là il y a vraiment quelque chose qui me semble important pour ma vie ».

Dans mon travail de journaliste, ce que j’aimais, c’est rencontrer des gens et apprendre quelque chose. Mais ce qui me frustrait, c’est qu’il fallait quitter les gens qu’on venait à peine de rencontrer. Les pasteurs que j’ai croisés, je les voyais accompagner les gens sur le long terme. Et donc je me suis dit que ce qu’il me plaisait dans le journalisme pouvait être plus facile à réaliser en tant que pasteur. Et en juillet 2006, je suis devenu pasteur dans ce lieu qu’on appelle la Maison Verte, paroisse et maison de quartier.

Quand on rencontre des gens qui sont vraiment en difficulté, quand des gens vivent des choses difficiles ou voient les violences du monde, certains peuvent se dire : « Mais où est Dieu ? Si ton Dieu existe, pourquoi il laisse faire ça ? ». Les réalités violentes du monde, pour moi il est évident qu’elles sont les résultats des hommes qui ont construits la société d’une certaine façon, d’un certain rapport de pouvoirs, d’un certain système économique injuste, de la domination des hommes sur les femmes, etc. De ce fait, je me dis que ce n’est pas Dieu qui décide de ça, il aime suffisamment son humanité pour la laisser libre, la rendre responsable. Et je pense que si Dieu devait décider de tout, nos bonheurs et nos malheurs, on ne serait pas des humains, on serait des marionnettes manipulées par Dieu. Et face à ces malheurs-là, moi je le vois comme celui qui est à nos côtés, qui nous soutient pour essayer de faire reculer les injustices et qui ouvre en permanence des chemins.

Moi, dans le protestantisme, c’est vrai que j’ai été, d’une certainement manière, rapidement déçu mais je ne suis pas parti en courant. Je suis rentré dans une Eglise qui accueillait des sans-papiers et ça, c’est quelque chose qui ne me déçoit pas. Par contre, assez rapidement, j’ai aussi rencontré une situation où des homosexuels ne trouvaient pas leur place. En l’occurrence, la première rencontre, c’était un étudiant en théologie qui voulait devenir pasteur et quand il rencontre la commission des ministères, on lui dit : « Ah, et bien non, vous venez de nous dire que vous étiez en couple avec un homme, on ne peut donc pas vous accepter comme pasteur ». Et donc là, ça m’a déçu, inquiété, parce que justement, c’est promesse d’accueil, elle n’était pas poussée jusqu’au bout.

C’est vrai qu’aujourd’hui, on sent une plus grande difficulté à saisir les enjeux contemporains, à avoir cette prise de risque dans l’ouverture aux minorités, aux gens qui ont un mode de vie différent. Et là, je pense que si le protestantisme continue dans cette timidité, il aura du mal à continuer à être le protestantisme. Une des devises du protestantisme, c’est : « se réformer sans cesse ». Et j’ai l’impression que le protestantisme a de plus en plus de mal à être dans cette réforme sans cesse. Donc voilà, il y a un effort à faire dans le protestantisme pour s’ouvrir sur ce qui est la diversité de la société aujourd’hui ».

Cette vidéo fait partie de la série : Je suis protestant
Réalisation : JMAGE – Jeremy Frey
Production : JMAGE – Maud Lambert
Diffusion : Meromedia – Isabelle Fiévet-Rossignol

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