Combiner le pastorat, le militantisme associatif et l’exercice de la médecine en tant que généraliste, voilà un bouquet d’activités qui n’est pas donné à tout le monde ! Mais le nîmois Joël Trefcon n’est pas de ceux qui baissent les bras devant les engagements. Dans cet entretien, Il nous fait découvrir l’association Elim, basée à Nîmes (Gard), qui tisse des liens francophones entre France et Israël, judaïsme et christianisme.
1/ Pouvez-vous vous présenter ?
D’origine catholique, j’ai réellement découvert la foi et la Bible à l’âge de 18 ans. Après la fin de mes études médicales, je suis devenu bi-vocationnel, conduisant pendant plus de deux décennies l’équipe pastorale d’une église évangélique de la banlieue nîmoise récemment implantée, tout en exerçant la médecine générale. J’ai également eu la joie de présider à la création d’une école maternelle et élémentaire protestante qui fonctionne depuis une dizaine d’années. Je suis maintenant investi dans le comité interreligieux nîmois pour entretenir amitié et collaboration entre juifs, chrétiens et musulmans.
2/ Vous avez fondé Elim, pourquoi ?
Dans mon église locale, plusieurs personnes étaient d’ascendance juive directe, ce qui m’a amené dans une réflexion sur les liens entre judaïsme et christianisme, et sur le passif historique douloureux des relations entre juifs et chrétiens. J’étais étonné de la proximité des deux religions mais en même temps de l’absence de liens personnels sur le terrain. J’étais surtout surpris de découvrir la méconnaissance les uns des autres, pour ne pas dire les a priori des uns sur les autres, malgré les efforts de l’amitié judéo chrétienne depuis Vatican 2.
Indépendamment de cela, il existait à Nîmes un groupe de prière inter-églises qui intercédait depuis très longtemps pour la protection et la bénédiction du peuple juif et d’Israël. C’est en me rapprochant de ses membres et en dialoguant avec eux qu’est venue l’idée de créer des liens d’amitiés avec la communauté juive locale. Après les premiers contacts avec la synagogue et le centre communautaire, et après la nécessaire réassurance sur la sincérité de nos motivations non missionnaires, de réels liens d’amitié puis une certaine forme de collaboration se sont développés.
La nécessité de la création d’une association pour porter nos diverses activités s’est imposée. Le choix du nom « Elim » nous a paru évident. Cette oasis paisible, où les hébreux se sont reposés lors de leur périple dans le désert après la sortie d’Egypte, nous a parlés concernant notre association. En effet, il nous est dit qu’il y avait là 70 palmiers qui étaient abreuvés par 12 sources d’eau. Dans l’Ecriture, le nombre 12 est associé aux patriarches et aux tribus d’Israël, et le nombre 70 aux nations non-juives du monde. Nous y avons vu une analogie sur les liens entre juifs et non-juifs, et surtout sur la façon dont les chrétiens s’abreuvent aux sources du judaïsme et du peuple juif. Faut-il rappeler qu’Ancien et Nouveau Testaments sont juifs, que Jésus et tous ses apôtres le sont aussi ?
3/ Quelles sont les principales activités de cette association ?
Nos activités s’articulent autour de deux lignes : témoigner reconnaissance et amitié au peuple juif, enseigner aux chrétiens les racines hébraïques de la foi.
C’est ainsi que nous dispensons des cours d’hébreu moderne et d’hébreu biblique. Nous organisons des conférences sur divers thèmes, parfois avec des orateurs des deux confessions. Nous participons à des rencontres au Centre Communautaires, à des offices à la Synagogue et aux événements du Souvenir. Nous participons aux fêtes juives et organisons nous-mêmes des événements lors des fêtes de Hanouka, Pessa’h et Souccot, avec notamment une soirée commune avec juifs et chrétiens sous la Soucca (cabane) lors de cette dernière.
D’autres actions plus culturelles sont également menées puisque nous avons 3 groupes de danses d’Israël et un groupe de cuisine orientale juive. Des visites du patrimoine juif, très important dans notre région, sont organisés.
4/ Dans vos échanges avec Israël, quelle part joue la francophonie ?
Les voyages de groupes que nous organisons en Israël nous ont permis au fil des années de développer un tissu de relations avec les francophones, qui sont très nombreux là-bas. Les moyens modernes de communication nous permettent heureusement de maintenir ses liens lors des périodes de pandémie ou de conflits qui sont nombreux ces dernières années. L’amitié, en langue française, s’est ainsi construite avec des chrétiens, des juifs et des juifs messianiques (juifs croyants en Jésus).
L’actualité nous permet de joindre le geste à la parole. Dans les suites du pogrom du 7 octobre 2023, nous avons pu contribuer financièrement à la reconstruction de crèches et d’abris anti-roquettes. La situation pécuniaire de beaucoup de francophones étant précaire en raison du retentissement économique des conflits en cours nous amène aussi à encourager certains à hauteur des moyens de notre petite association. Nos encouragements sont aussi spirituels et moraux, dans la prière et le témoignage, dans l’espérance de la paix et l’attente confiante de la concorde entre toutes les parties en conflit dans cette région du monde.
Mes liens avec la communauté musulmane locale nous préservent de tomber dans un manichéisme simplificateur ou une compassion unilatérale.
5/ Avec Elim, vous avez contribué à la réinstallation de la statue de Bernard Lazare à Nîmes. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Bernard Lazare est un journaliste et écrivain nîmois juif qui a été le premier défenseur du capitaine Dreyfus. Par son action et ses écrits, il a contribué au fameux « J’accuse » d’Emile Zola.
Nîmes avait honoré cet enfant de la ville en disposant une statue à son effigie dans les beaux Jardins de la Fontaine. Malheureusement, cette statue a été déposée et détruite sous Vichy. Le Collectif nîmois Histoire et Mémoire s’est mobilisé. Présidé avec dynamisme par David Storper, il a mené à bien la reconstruction à l’identique de la statue, sans moule mais à partir d’une photographie. Cela en valait la peine ! Le monument a été réinstallé officiellement au même endroit fin 2025. C’est une fierté pour nous. Notre association a participé à cette réalisation, au milieu de bien d’autres contributeurs. C’est une manière pour nous de témoigner de notre positionnement, sans équivoque, contre l’antisémitisme qui gangrène notre société.


