Dire Dieu

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Dans son livre The great partnership, Jonathan Sacks fait la distinction entre le Dieu de Moïse et le Dieu d’Aristote. Il part pour cela de la linguistique et de la différence entre le grec et l’hébreu.

Un contenu proposé par Le blog d'Antoine Nouis

Publié le 28 juin 2019

Auteur : Antoine Nouis

Un des auteurs qui m’a le plus marqué ces dernières années est Jonathan Sacks qui fut le grand rabbin de Londres. Un rabbin anglais avec qui j’en parlais me disait qu’il était assez conservateur et que je ne m’entendrais pas avec lui. C’est possible, il n’empêche que je trouve dans ses écrits des pensées qui me stimulent.

Il part pour cela de la linguistique et de la différence entre le grec et l’hébreu.

Lorsque Moïse a demandé à Dieu son nom, ce dernier a répondu par la fameuse paronomase : « eyeh asher eyeh » souvent traduit par « je suis qui je suis[1] ». Eyeh est le verbe être conjugué à un temps qui s’appelle l’inaccompli en hébreu, et qui peut être rendu par le présent ou le futur en français. Avec Chouraqui et avec la NBS (Nouvelle Bible Segond), j’aime la traduction « je serai qui je serai ». Dieu refuse de se laisser enfermer dans une définition, c’est dans son histoire que Moïse le découvrira. Il n’apprendra pas que Dieu est libérateur parce qu’on le lui a dit, il le comprendra en étant libéré.

Dans la même veine, lorsque Dieu appelle Abraham, il lui dit : « Va… vers le pays que je te montrerai[2]. » Il ne lui dit pas : « Va à tel endroit », c’est en marchant qu’Abraham découvrira la parole de Dieu pour lui.

Lorsque la Bible hébraïque a été traduite en grec, dans la Septante, eyeh asher eyeh a été rendu par ego eimi ho ôn qu’on peut traduire par « je suis l’étant ». L’étant est un concept philosophique qui cherche à définir ce qui est. À partir de cette approche, la théologie a pris l’habitude de réfléchir Dieu à partir de ses attributs (il est éternel, la cause première, le tout puissant, l’immuable, l’omniscient…).

Entre l’hébreu et le grec, on passe du Dieu de Moïse et Abraham au Dieu d’Aristote. Quand le Nouveau Testament s’ouvre par une généalogie, il parle du Dieu de l’histoire. Quand Jésus dit à ses interlocuteurs : « Je suis le chemin, la vérité et la vie », il ne nous parle pas d’une vérité éternelle, mais d’une vérité qui se découvre en marchant et en vivant. Quand la dernière parole du Nouveau Testament est « Viens Seigneur Jésus », elle évoque encore le Dieu de l’histoire.

La distinction de Sacks peut paraître élémentaire, mais alors pourquoi a-t-on le sentiment que la théologie chrétienne s’appuie plus sur Aristote que sur Moïse et Abraham ?

[1] Ex 3.14.

[2] Gn 12.1.

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