Si les croyants et les théologiens placent ce concept au cœur de leur foi, la réalité cache une diversité de pratiques et de visions surprenantes.
Comme dans le monde du sport, où chaque discipline définit son propre rapport à l’effort et à la victoire, l’espérance chrétienne se décline en de multiples «épreuves». Entre quête de salut individuel, engagement politique musclé et recherche de bien-être intérieur, voyage au coeur d’un marathon spirituel.
L’olympien : le marathon du salut individuel
Celui qui s’entraîne sans relâche pour les Jeux olympiques fixe son regard sur une seule chose: la médaille, récompense ultime. C’est l’image du «bon larron» sur la croix, à qui Jésus promet le paradis immédiat, une forme d’espérance très personnelle. C’est un sport solitaire où la prière est le moteur pour résister à l’épreuve et garder confiance en l’avenir. «Quand par ‹ espérance › on pense à son salut, on n’est pas du tout dans la même position théologique que si l’on attend un monde de justice et de paix», pointe Emma van Dorp, pasteure stagiaire à l’Église protestante de Genève.
Elle a défendu une thèse sur l’Église communautaire. «Chez les réformés, cette dimension du salut personnel existe un peu, même si l’on insiste moins sur ce point puisqu’il y a une espérance en un salut déjà reçu», constate-t-elle.
L’amateur de plogging : l’action éthique pour un monde propre
Le plogging consiste à ramasser des déchets tout en courant. L’objectif est double: se maintenir en forme tout en changeant concrètement son environnement.
On peut y voir une métaphore pour les théologies libérale oudialectique. Pour la théologie libérale, l’espérance est une action humaine orientée vers l’avenir, une éthique de la responsabilité où l’on cherche à rendre le monde plus habitable. On refuse ici d’opposer foi et raison: il s’agit d’une foi pensée, réfléchie, qui veut être en phase avec les valeurs modernes. À l’inverse, la théologie dialectique (comme chez Karl Barth) insiste sur le fait que l’espérance est un don de Dieu, qui «pousse à l’action ici et maintenant».
Le plogger spirituel sait que son action est limitée, mais il agit parce que l’espérance lui donne une nouvelle intensité pour habiter le monde. «Une critique que l’on pourrait faire à ces postures, c’est qu’en insistant sur la raison ou les limites de l’action humaine, on pourrait être tenté de ne rien faire», prévient Emma van Dorp. «Sur la question de l’espérance, la théologie réformée contemporaine est très influencée par l’oeuvre de Jürgen Moltmann», note Elio Jaillet, pasteur suffragant dans l’Église réformée vaudoise et chargé des questions théologiques et éthiques pour l’Église réformée de Suisse. «L’agirchrétien devrait partir de la confiance portée en l’action de Dieu: le Royaume de Dieu est advenu en Jésus-Christ et va advenir dans sa plénitude.
Cet agir vise une transformation active du monde, mais située face à la promesse excessive de Dieu. Ainsi, aucun horizon de vie ne peut être définitivement bouché. À partir des années 1970-1980, cette perspective a pris une place importante dans les milieux réformés.»
Le marcheur pour la paix : le militant du Royaume
L’amateur de marche pour la paix ne le fait pas pour lui-même, mais pour une cause collective et politique. Il s’inscrit dans la lignée de la théologie de la libération.
L’espérance n’est pas un cri vers le ciel pour l’au-delà, mais un engagement pour la libération des pauvres et des opprimés ici-bas. Pour ce sportif engagé, il existe un «péché structurel» (l’injustice sociale) auquel il faut répondre par une action collective. Comme le souligne l’histoire de ce mouvement né en Amérique latine, l’espérance est un «cri prophétique» pour un règne de Dieu commençant déjà sur terre. C’est une discipline musclée, qui veut changer les structures de la société pour faire advenir plus de justice.
«Sans s’approprier la théologie de la libération, qui est tout de même liée à un contexte culturel, le christianisme social accentue la théologie du Royaume de Dieu et dit que dans toute l’histoire du salut, dans toute l’histoire de la Bible, l’accent est mis sur ce Royaume qui est à venir. On en a déjà reçu une partie et on peut participer à en faire venir la suite», plaide Emma van Dorp.
L’adepte du yoga : la quête du bien-être psycho-spirituel
A l’autre bout du spectre sportif, on trouve l’amateur de yoga, qui cherche avant tout le bien-être, l’alignement et l’harmonie intérieure. C’est la vision psycho-spirituelle de l’espérance, très en vogue aujourd’hui. Ici, le culte de la santé devient parfois une «nouvelle divinité».
La spiritualité est vécue comme une ressource pour […]
