Les bruits de guerre résonnent de l’Ukraine au détroit d’Ormuz sur fond d’incantations délirantes de Trump et Poutine. Notre pays doit trouver son juste rôle : ce n’est guère tâche facile pour nos dirigeants.
Dans Les Décombres, l’écrivain collaborationniste Lucien Rebatet décrit la France des années 1930, incapable de regarder le danger en face et exécutant « une grotesque pantomime, (…) dégringolant dans une trappe à Guignol » : sursaut puis retour immédiat à l’inaction. Remilitarisation allemande, crises diplomatiques, expansion du nazisme : indignation brève, protestation puis recul. Une politique faite de postures et de décadence morale sans volonté durable.
Cette critique trouve un écho plus sérieux chez Marc Bloch, historien résistant et martyr, dans L’Étrange Défaite. Il ne parle pas de décadence morale mais d’aveuglement stratégique : « notre effondrement a été avant tout (…) une défaite à la fois de l’intelligence et du caractère ».
La France n’a alors pas seulement manqué de moyens mais elle a surtout pensé en retard. Ses élites militaires et politiques préparaient la guerre d’hier quand Hitler préparait celle de demain.
Le parallèle avec le présent dérange parce qu’il n’est pas totalement absurde. Face à la Russie, aux souffrances du Liban ou à la guerre américaine contre l’Iran, l’Europe commente plus qu’elle n’agit.
Communiqués, sommets, indignations successives : diplomatie du réflexe médiatique sans vision stratégique. Comme dans les années 1930, le danger n’est pas seulement militaire, mais aussi intellectuel et politique. Une civilisation commence à vaciller lorsqu’elle refuse d’admettre que le monde a changé.
L’Histoire ne se répète jamais mais elle sanctionne les mêmes faiblesses : retard, illusion et incapacité à penser la menace avant qu’elle ne frappe.
Général de division (2s) Jean-Fred Berger, pour « L’œil de Réforme »
